Regarder les structures avant de rénover sa maison

La chose la plus importante n’est pas tant que chaque enfant reçoive un enseignement, mais que chaque enfant reçoive le désir d’apprendre. Qu’importe si l’élève en sait un peu plus ou un peu moins ?
Un garçon qui sort de l’école en sachant beaucoup, mais qui déteste ses leçons, aura bientôt oublié presque tout ce qu’il a appris. 
Tandis qu’un autre qui a acquis la soif de savoir, même s’il a peu appris, en saura bientôt plus que le premier.
John Lubbock (1890, The Pleasures of Life)

culture_societe

 

Ce texte marque mon retour à la parole écrite…  après quatre années d’absence.

Préambule

Je fais partie du groupe Les 100, un collectif de cent personnes constitué à la demande de Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation dans le gouvernement de Philippe Couillard. Il s’agit de cent pédagogues reconnus pour leur capacité à innover, à faire bouger des choses. Ce sont des gens que je connais pour la plupart et que j’ai eu la chance de côtoyer à un moment ou à un autre lorsque j’étais conseiller pédagogique. Ce sont également toutes des personnes qui se battent pour une école contemporaine, adaptée à notre époque, adaptée à nos jeunes ( ces jeunes qu’on dit si différents  par rapport à l’époque où j’enseignais, mais qui restent fondamentalement des êtres humains qui ont les mêmes besoins que les élèves des générations précédentes. Il ont besoin d’être reconnus et encouragés, de se sentir valorisés d’une façon ou d’une autre et surtout de pouvoir croire que leur implication va servir à quelque chose.

Je dois également avouer que je suis perplexe face aux attentes du ministre envers le groupe des 100. Je suis également pas mal déstabilisé face à l’annonce très médiatisée qu’il avait recruté trois vedettes pour repenser l’école.

L’école ne devrait-elle pas être repensée par ses acteurs plutôt que par des vedettes ?

 Contexte de ce billet

Le programme de formation de l’école québécoise a tellement été remanié. Il a été modifié pour calmer les insécurités des parents, pour répondre aux pressions de plusieurs instances syndicales ( certains syndicats se sont même imposés pour participer à la réécriture des programmes ! ). Que dire des animateurs radio et des journalistes bien pensants qui, sans formation pédagogique préalable, ont fait part de leur mépris face au renouveau proposé, qui n’ont jamais cherché à comprendre le sens du mot compétence1 tel qu’il est défini dans le programme  et qui ne se sont jamais gardé la moindre petite gêne pour propager à tort l’idée qu’un programme par compétences signifiait l’abandon de la transmission des connaissances.

Systèmes

Les contraintes du système actuel par rapport aux possibilités d’un système adapté à notre époque
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Au cours des dernières années le renouveau a tellement été aseptisé que sa mission n’est plus vraiment axé sur ses fondements de départ qui étaient d’instruire, de socialiser et de qualifier les élèves dans une école adaptée aux exigences du XXIe siècle. L’école est tristement devenue à nouveau un environnement où c’est une instruction normative et mesurée qui prend toute la place, le tout étant axé sur la stricte transmission de contenus. Le résultat ? Le programme  a été complètement dénaturé. Ces révisions ont forcé les enseignants à planifier des cours  axés presque exclusivement sur la transmission de connaissances pointues. Ils ont du se résigner à donner ces cours dans un seul but : consigner des notes pour les inscrire dans le bulletin à la fin de chaque étape. Ce bulletin a lui aussi été victime des pressions extérieures. Il  a été réduit à une mesure axée sur la performance académique de chaque individu. Il faut être conscient que, au final, cette collection de notes ( à pourcentages ) reflète peu la qualité et l’évolution des apprentissages de chacun.

Dans le programme de formation de l’école québécoise tel qu’il avait été conçu à l’origine, l’élève était appelé à développer des compétences transversales axées sur des savoirs ET des savoir-faire. Ceci afin qu’il puisse établir des liens entre ses apprentissages et qu’il puisse développer sa capacité à réinvestir ce qu’il venait d’apprendre. Ce sont ces mêmes transversales  qui permettent de développer un esprit critique pour résoudre des problèmes dont la complexité devrait s’accroître au fur et à mesure du parcours scolaire de chacun.

Quand l’élève peut-il développer cet ensemble de compétences essentielles à notre époque s’il passe sont temps à se préparer pour le prochain examen ?

Une conséquence indirecte de cette vision en tunnel c’est que les élèves sont entraînés dans la spirale de la loi du plus fort ( qui a peu à voir avec une saine compétition ). En effet, nos établissements scolaires sont redevenus des lieux  de compétition agressive où les plus talentueux enregistrent des scores et où les moins performants développent rapidement ( au préscolaire dans certains cas ) une image de «loser», des perdants par défaut qui croient très rapidement qu’ils ont peu de possibilités de s’en sortir.

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1 La plupart des gens définissent le mot « compétence » en terme de compétence professionnelle, c’est à dire la capacité de faire des apprentissages orientées vers un ensemble d’apprentissages spécifiques liées à un  travail spécifique. Par exemple, un apprenti qui développe des compétences pour devenir un bon ébéniste.

 

Puis, il y a eu le 29 juin 2017

Avec un programme grandement affaibli et une évaluation archaïque, l’école a-t-elle encore la possibilité d’encourager les enseignants à adapter leur enseignement en fonction de notre époque ? Ceux et celles qui ont un potentiel novateur peuvent-ils encore offrir à leurs élèves un environnement pédagogique stimulant  ?

Je risque d’être dur dans les propos qui suivent. Par respect pour les individus concernés, je ne ferai pas mention de qui ils sont ni de l’endroit où ils enseignent. Je suis conscient aussi qu’il y a au Québec de nombreuses commissions scolaires et un nombre croissant d’établissements privés qui facilitent le développement professionnel de leur personnel et qui sont d’avant-garde sur le plan pédagogique.

Ce qui suit fait état du vécu plus que contraignant de ces deux enseignants. qui voient leur potentiel novateur leur échapper à cause de la vision en tunnel de ceux et de celles qui les dirigent et à cause du manque de leadership pédagogique de ceux qui les encadrent.

Le jeudi 29 juin, je me suis rendu dans une école de ma région pour faire une proposition de projet à deux enseignants passionnés. Je les connais pour avoir déjà travaillé avec eux. Ils aiment les défis. Ils enseignent au primaire et ils ont « le feu sacré ». Les deux sont de véritables crinqués. Mais une surprise m’attendait lors de cette rencontre  :  je n’ai pu que constater qu’ils étaient en train de s’éteindre, de perdre leurs ferveur pédagogique.

Depuis quelques années, les gestionnaires et les instances éducatives de leur milieu ne cessent d’alourdir leur tâche avec des exigences administratives liées à une interprétation réductrice du programme de formation. Ces deux enseignants reçoivent de moins en moins d’encouragement et d’appui pour innover. Ils sont de plus en plus incités à respecter les normes sans questionner et surtout sans faire de vagues. Leurs élèves sont de plus en plus désabusés de l’école, se contentant de demander si la tâche à faire sera notée.  Les parents associent la réussite scolaire à une « bonne note ». Ils insistent pour que leur enfant ait une note élevée dans leur bulletin afin de leur permettre, une fois rendus au secondaire, de passer dans un programme à vocation particulière ou d’être sélectionnés lorsqu’ils feront une demande d’inscription à l’école privée.

Bref, ces deux enseignants auraient bien aimé pouvoir continuer à innover et ils auraient été prêts à s’engager dans le projet que je leur proposais mais ils ne croyaient tout simplement pas que ce serait possible dans le cadre de leur contexte de vie professionnelle. Les deux sont en train de s’assujettir aux attentes pointues de leurs patrons. Ils sont en train de perdre la bataille de l’innovation pédagogique.

Je suis sorti de cette école passablement accablé, affligé par une grande tristesse.

Je me suis dit que là c’était trop. Notre système scolaire devient de plus en plus  déconnecté de notre époque et il est fragilisé par un programme devenu rétrograde. Les gestionnaires ont mis en place une structure administrative qui est en train de tuer progressivement les initiatives porteuses de ceux et de celles qui souhaitent innover.

Je me dois donc de diriger le projecteur sur ce système désuet qui fait la promotion de moyens dépassés, des moyens qui passent à côté des exigences de notre époque.

Situation La situation souhaitée par rapport à la situation actuelle dans les écoles
Adaptation d’un schéma de Terry Heick. Cliquer sur l’image pour mieux voir le contenu

Pour continuer à être pertinente, l’école se doit absolument de devenir contemporaine. Vous remarquerez que j’ai choisi de ne pas utiliser le « mot moderne » car ce dernier conduit irrémédiablement à une dualité sans issue possible entre ceux qui se définissent comme étant modernes et ceux qui privilégient un courant traditionnel. Force est de constater qu’il y aura toujours un gagnant et un perdant dans cette polarisation.

C’est quoi une école contemporaine ? C’est une école qui donne le plus d’occasions possibles à ses élèves de réfléchir à des problèmes fondamentaux ( en s’assurant d’un accompagnement adapté à leur niveau ). C’est une école qui cultive la curiosité des jeunes apprenants, qui les encourage à poser des questions plutôt que de gober la seule et unique réponse prévue pour chaque question. Une école contemporaine, c’est aussi un lieu d’apprentissage aménagé adéquatement avec toutes les ressources matérielles nécessaires.

Je suis lucide, ceci suppose un investissement massif d’argent neuf, pas juste le réinvestissement des sommes qui ont été coupées au cours des dernières années.

Pour être bien formés, il importe certes que nos jeunes sortent de l’école avec une tête bien faite mais il importe tout autant de s’assurer qu’elle leur permette d’en sortir avec un affect harmonieux2.

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Comment favoriser l’estime de soi à l’école ?

 

Ils étaient 100 qui voulaient se battre contre 100 qui ne voulaient pas

Dans le contexte actuel, l’éducation a été réduite à sa plus simple expression :  intruire. Il ne reste que très peu de temps dans l’assiette horaire pour que l’élève apprenne à réfléchir ou pour devenir un apprenant inquisiteur et pour devenir une personne cultivée. Presque toute la place est accordée à l’enseignement frontal, il y a peu de possibilités pour l’accompagnement latéral et l’encouragement à s’interroger de façon efficace ( plutôt que de répondre à des questions à choix multiple ).

Il est certain que pour un bon nombre d’enseignants, ceux qui ne veulent pas se battre, toute cette structure désuète est réconfortante. Elle leur permet de continuer comme avant, comme si de rien n’était.

C’est un ruban de Möbius dont il faut se défaire à tout prix !

Il est donc important que ;

  • tous les enseignants sans exception parviennent à réaliser qu’un renouveau ce n’est pas l’abandon des connaissances, c’est leur mise en contexte pour que l’apprenant puisse se les approprier;
  • les découpages horaires soient repensés afin que les enseignants ne soient pas toujours aux prises avec un enseignement donné uniquement en préparation des épreuves ( teach to test );
  • que les enseignants ne vivent plus  sous le joug d’évaluations quantitatives à répétition et qu’il soient formés puis encouragés à évaluer les apprentissages de façon descriptive ( ceci suppose qu’il y ait du temps prévu dans leur tâche pour le faire );
  • chaque enseignant puisse recevoir une formation continue et qu’ils soient encouragés à poursuivre des études au 2e et au 3e cycle3. Ces diplômes impliqueraient des revenus similaires à ceux versés aux professeurs d’universités;
  • des sommes précises soient allouées pour informer les parents et les médias de la nécessité d’un renouveau en utilisant un langage facile à comprendre et qui explique sur quels fondements s’appuient les changements nécessaires pour que l’école demeure pertinente;
  • les parents en viennent à réaliser qu’ils n’ont pas la formation nécessaire pour imposer leur vision de l’école.
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La formation des enseignants en Finlande : clé de voûte d’une réussite éducative exceptionnelle

 

La question comptable

Pour que notre système d’éducation progresse, il faut que les montants alloués soient considérés comme un investissement et non comme une dépense. Il y a des coûts liés à la formation des enseignants, des coûts liés à l’amélioration des lieux et l’accès à du matériel adéquat ( pensons ici aux livres et à l’accès à de la technologie de qualité ) pour s’assurer d’avoir un milieu scolaire adapté à notre époque. Les sociétés qui se sont engagées sur ce chemin sont parvenues à raviver l’école et à susciter l’engagement des élèves autant que celui des enseignants. Les endroits dans le monde où le gouvernement a choisi de couper en éducation ont vu la situation se détériorer rapidement et devenir très problématique alors que les états qui ont choisi d’investir ont vu une revitalisation de la pédagogie et la réussite scolaire des élèves progresser.

Il serait donc important que :

tous les enseignants sans exception réalisent qu’un renouveau ce n’est pas l’abandon des connaissances, c’est leur mise en contexte pour que l’apprenant puisse se les approprier;

les assiettes horaires soient repensées  afin que les enseignants ne soient pas toujours aux prises avec l’évaluation normative de contenus lors d’épreuves en silo qui occupent de toute façon une trop grande place dans le bilan des apprentissages;

les enseignants aient le temps nécessaire pour accompagner leurs élèves dans des activités formatrices et pédagogiques qui peuvent difficilement être évaluées avec une note;

les enseignants ne vivent plus  sous le joug d’évaluations fréquentes qui sont devenus des exercices statistiques;

les enseignants soient encouragés à évaluer les apprentissages de façon descriptive. Ils devront être outillés pour le faire. Ils devront avoir du temps pour évaluer de cette façon;

ceux qui désirent innover puissent le faire, qu’ils soient assurés que leurs efforts seront soutenus et  reconnues et que, s’ils le souhaitent, leurs initiatives seront diffusées.

La question est là et elle reste entière : est-ce que nous pouvons nous contenter de reproduire le modèle éducatif du XIXe et du XXe siècle avec d’une part des élites, des cadres et des dirigeants bien instruits et grassement payés et, d’autre part, des travailleurs ( que certaines entreprises appellent ironiquement leurs « associés » ) qui  bossent de longues heures à un salaire moins que convenable sans espoir de s’en sortir et aussi des artistes ainsi que des auteurs qui essaient de survivre pour faire vivre la culture ?

Est-il pensable de poursuivre en vivant dans l’illusion que des contenus disciplinaires rigides, enseignés en silo puissent permettre aux jeunes d’être préparés à faire face aux exigences du XXIe siècle ?

Épilogue

Vous avez déjà fait des rénovations majeures ? Celles où il faut jeter des murs par terre ou encore ajouter de nouvelles pièces à votre maison, ajouter un deuxième étage ?

Est-ce que vous vous risqueriez à faire ceci sans vous assurer que les structures sont assez solides voir même existantes pour supporter votre ouvrage ?

Si nous voulons voir émerger une véritable école du XXIe siècle, nous devons nous donner les moyens pour le faire en s’assurant que les fondations sont bonnes et que les personnes engagées ont fait leurs preuves, qu’ils sont qualifiés et qu’ils seront rémunérés en fonction de leur expertise.

Pour y arriver, le ministre doit comprendre que bien des façons de faire actuelles dans nos écoles ne préparent pas à devenir un personne adaptée à notre époque, qu’elles ne font que reproduire ce qui a été mis en place en fonction de la société industrielle des deux siècles  précédents où seules les élites devaient être éduquées. Les travailleurs pour leur part devaient être minimalement instruits dans le but de les préparer à un ensemble de tâches spécifiques pour exercer un métier qu’ils feraient toute leur vie. Presque tous les métiers actuels n’existeront plus d’ici quelques années, les tâches accomplies seront confiées à des automates.

Nos classes et notre système scolaire doivent être conçus pour permettre la formation de personnes qui occuperont plusieurs fonctions au cours de leur vie. L’école devrait faire en sorte que tous les élèves reçoivent une éducation complète, adaptée à leurs intérêts permettant à chacun d’être conscient et d’agir de façon éclairée en fonction des occupations et des défis qui les attendront. L’école doit cesser de préparer les élèves à exercer un travail ou une tâche qui n’existera probablement plus.

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Références

Noam Chomsky: The Purpose of Education, Learning without Frontiers, Youtube,1er février 2012

Noam Chomsky discusses the purpose of education, impact of technology, whether education should be perceived as a cost or an investment and the value of standardized assessment. Voir

Les ( étonnantes ) particularités du système éducatif finlandais, École branchée 29 octobre 2012

Qu’il plaise ou non, il semble que le modèle éducatif finlandais fonctionne! Voici des points clés des plus surprenants… Lire

Comment améliorer l’architecture et le design d’une école?, CETREQ-RIRE, 5 juillet 2017

Quels aspects de l’architecture et du design d’une école ont un impact sur l’apprentissage, le bien-être et la motivation des élèves? Que dit la littérature scientifique à ce sujet? Lire

Réussir, briller, performer, se prouver…, ЯAD, 7 juillet 2017

Jusqu’à y laisser sa santé. Oui, cela peut arriver à n’importe qui, même avant 30 ans.  Lire

7 Critical Skills For the Jobs of the Future, R. Bidshahri, Singularity Hub, 4 juillet 2017 ( en anglais )

Nous vivons dans un monde de changements accélérés. De nouveaux types d’industries apparaissent alors que d’autres devienenent obsolètes. Un rapport du Forum économique mondial révèle que près de 65 % des emplois des élèves du primaire accompliront à l’avenir n’existent même pas encore. Le type de main-d’œuvre qui seras requis et l’étendue de nos connaissances évoluent rapidement. Lire

85% Of Jobs That Will Exist In 2030 Haven’t Been Invented Yet: Dell , Daniel Tencer, Huff Post Canada, 14 juillet 2017 ( Ajouté après publication )

If you think the pace of change in the workplace has been fast lately, hold onto your hat. A new report published by Dell Technologies says things are about to get a lot faster. Lire

« L’Edutainment comme école parallèle », C2E 2017, Campus e-éducation
( Ajouté après publication )

C2E se propose de constituer d’éclairer cette problématique par une mise en perspective des travaux de recherche, des pratiques éducatives, des problématiques institutionnelles et des propositions des entrepreneurs de la eEducation. Plutôt que de procéder à une exploration désordonnée de ce champ techno-pédagogique, nous avons choisi d’organiser la semaine du C2E autour d’une question qui servira de fil rouge aux débats : « L’edutainment constitue-t-il une sorte d’école parallèle ? ». Lire

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3 réponses à Regarder les structures avant de rénover sa maison

  1. Gilles Jobin dit :

    Content de voir que tu reprends un peu ton blogue.

    Comme tu sais, je suis retraité et mon opinion ne vaut certainement pas grand-chose. (Faut dire que c’était aussi le cas quand j’étais enseignant ou CP )

    Le billet est intéressant. Mais on reste sur notre faim, notre faim qui est celle de voir un vrai changement pour nos enfants.

    Je pense aussi que l’épilogue, avec tous ces verbes « doit, devrait, etc. » illustre bien notre désarroi face à un vrai changement. On « espère », mais on sait bien que rien ne changera.

    Je propose de prendre le problème un peu autrement, car s’adresser aux CP, aux directeurs d’école, aux commissaires, au ministre, aux enseignants, à mon avis, est une pure perte de temps.

    Ceux qui peuvent effectuer un changement, ce sont nos élèves. Pourquoi alors ne pas tout simplement leur suggérer de la faire, cette révolution de l’école tant attendue ?

    Dans un billet écrit en 2008, dans le but de lui expliquer la réforme, voici ce que je suggérais à l’élève : « Sache qu’avec le renouveau pédagogique, ton enseignant ne peut plus se fier qu’à des examens pour mesurer tes apprentissages. Il doit plutôt constituer un dossier d’apprentissage dans lequel on trouve des traces du développement de tes compétences.

    Sache aussi que tu dois être évalué en même temps que tu apprends. Cela est très nouveau et peut être relativement déstabilisant pour ton enseignant. En effet, auparavant, les enseignants évaluaient APRÈS avoir enseigné. Si c’est toujours le cas pour ton enseignant, demande-lui gentiment quels sont les critères d’évaluation de la tâche que tu accomplis actuellement : cela l’aidera à revenir à l’application du PDF.

    Aussi, tout au cours de ton cycle, tu devras réaliser plusieurs situations d’apprentissage et d’évaluation. Ce sont des situations complexes (voir le petit lexique) où l’évaluation est toujours intégrée. Dans ces situations, si tu en réclames, ton enseignant te donnera de l’aide. Tu devras aussi réaliser au moins trois situations d’évaluation où, cette fois, on spécifiera de faire des tâches sans demander de l’aide de ton enseignant. En déposant toutes ses situations dans ton dossier d’apprentissage, tu devras être en mesure de porter un jugement global du développement de tes compétences. Ton enseignant aussi portera ce jugement qu’il communiquera à tes parents par l’intermédiaire du bulletin. »

    Ou encore ceci dans un billet intitulé « Comment dois-je me préparer à un cours ? »

    « D’abord, et cela fait partie de ton devoir d’élève, tu dois t’assurer que tu as bien fait tous les travaux exigés. Si, pour une raison ou une autre, tu prévois ne pas être capable de remplir les exigences de ton enseignant, tu dois tenter de le prévenir. Avec lui, tu pourras t’entendre sur comment tu pourras réaliser les travaux demandés.

    Sache qu’en entrant dans un cours, tu développeras des compétences.

    Tu peux donc demander à ton enseignant quelles compétences tu développeras dans son cours aujourd’hui. Demande-lui aussi, s’il ne te l’a pas déjà précisé, une bonne description de la situation d’apprentissage que tu vivras.

    Sache aussi que l’application du programme de formation de l’école québécoise exige que l’évaluation soit faite pendant que tu vis des situations d’apprentissage et non pas après. Si tu n’as pas les critères d’évaluation en main, tu peux demander à ton enseignant de te les fournir avant le début de la situation d’apprentissage. »

    Cela m’étonnerait que votre groupe des 100 aille dans le sens s’adresser directement aux élèves. Ton billet indique une approche critique, mais tout de même très « classique », soit celle d’émettre de sincères voeux (pieux, pour la pluspart). Pour faire bouger les choses, faut parfois s’adresser à ceux qui peuvent vraiment faire une différence, et dans le cas de l’école, c’est l’élève. C’est seulement lui qui peut donner un réel coup de pied au c** des profs, qui eux-mêmes demanderont alors de l’aide à leur répondant pédgoqique de l’école (le directeur) qui lui-même téléphonera au Service éducatif de sa CS, et ce dernier exigera du ministre des sous pour implanter correctement cette réforme. Simple, non ?

    Je vous propose donc de rédiger un «Manuel à l’usage des écoliers québécois», manuel qui lui indiquera comment procéder pour qu’il exige de l’école, de ses parents et de la société l’éducation à laquelle il a droit.

    Mes amitiés,

    Gilles

    Petit billet de 2012 sur le thème Comment changer l’école : http://www.gilles-jobin.org/jobineries/index.php?2012/03/01/1333-comment-changer-l-ecole

    • AndreRoux dit :

      Salut Gilles,

      J’ai pris connaissance avec plaisir de ton billet. Je sais à quel point tu accordes une place importante à l’engagement des jeunes dans leurs apprentissages.

      Je souscris entièrement à ton propos.

      Les deux enseignants dont il est question dans le billet on déjà eu la latitude nécessaire pour accorder une place très importante à l’implication des élèves dans leur quotidien. Ce sont les pressions du système ( parents, bulletins, demandes des directions, exigences pointues des programmes ) qui ont érodé graduellement leur volonté de le faire. Il faut absolument que les jeunes soient dans le coup si nous voulons que ça réussisse.

      Certains dans le système pourraient avancer que c’est impossible.

      Voici ce que je dirais à ces personnes.

      Il y a plusieurs années, une déléguée du ministère de l’Éducation de la ville de Buenos Aires ( http://www.buenosaires.gob.ar/educacion ), croisée à Montréal lors d’une rencontre organisée par le CREM, avait raconté qu’elle avait pu persuader son gouvernement de passer directement par les élèves pour convaincre de la nécessité de l’éducation aux médias à l’école. Le ministère avait alors organisé une campagne publicitaire à la télé pour inciter les jeunes à insister auprès de leurs enseignants pour qu’ils fassent de l’éducation aux médias ( souvent réfractaires par peu d’être incapables de relever certains défis ). Cette initiative avait donné d’excellents résultats et l’éducation aux médias avait pu être insérée dans le cursus scolaire.

      Donc, implication des jeunes et volonté politique sont des incontournables pour changer de paradigme.

  2. Ping : Chacun pour soi : ça commence à l’école – Mario Asselin

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